André Antoine et les chiffres du boom de l’emploi wallon.

26 octobre 2010
By

Je vous retranscris ci dessous in extenso (grâce au travail de bénédictin de Michel Henrion dont les comptes-rendus du Parlement Wallon font office de livre de chevet) un échange entre André Antoine et Willy Borsus en Commission du Budget, des Finances, de l’Emploi, de la Formation et des Sports du Parlement Wallon du lundi 18 octobre. Willy Borsus demandait juste au Ministre Antoine de lui donner les chiffres des demandeurs d’emploi de longue durée en wallonie en ciblant les personnes qui sont au chômage depuis plus de 5, 10, 15 ou 20 ans. Pour répondre à cette question, il suffisait à André Antoine de donner 4 chiffres.

Mais voilà, ces chiffres vont à l’encontre de la propagande Marshallesque de l’olivier wallon et du mythe de la wallonie qui gagne et qui est en plein boom économique. La remarque d’André Antoine « c’est purement statistique » est le summum de la mauvaise foi car ces statistiques consacrent 30 ans d’échecs des politiques de l’emploi et de leurs Ministres respectifs.

Le Conseil supérieur de l’emploi recense à ce jour plus de 200 mesures en faveur de l’emploi. Ca représente un véritable maquis administratif et un casse-tête sans nom pour les employeurs ! Mais le pire de tout c’est que quand un chômeur, même compétent et motivé, n’entre pas dans les bonnes cases, il est se retrouve dans un « No Man’s Land » dont seul le temps passé au chômage peut l’en sortir. Oui, vous avez bien lu ! Pour trouver du boulot il faut impérativement passer par la case « chômeur complet  indemnisé » et si possible y rester pendant 1 an. Alors vous devenez de facto le meilleur rapport qualité/prix pour occuper un emploi mal payé subsidié pendant 1 an. Pourquoi pendant 1 an seulement ? C’est très simple, après 1 an les aides à l’emploi cessent et vous êtes remplacé par un chômeur complet indemnisé ! C’est un peu le mythe de Sysiphe moderne dont vous pouvez trouver une parfaite illustration ici.

Il n’incombe pas aux pouvoirs publics de créer de l’emploi mais de créer un environnement propice à la création, l’implantation et le développement des entreprises. Faites çà et et les emplois suivront. Et par « créer un environnement propice »,  je n’entends pas le versement de millions d’Euros de subsides à Google ou Microsoft (dont les bénéfices se chiffrent en milliards de Dollars) afin de pouvoir se gargariser devant les caméras de leur venue…Cela fait 30 ans que la politique de l’emploi consiste à faire toujours plus de la même chose et les statistiques sont là pour montrer à quel point çà ne marche pas. Cacher la poussière sous le tapis ne la fait pas disparître pour autant…

QUESTION ORALE DE M. BORSUS À M. ANTOINE, MINISTRE DU BUDGET, DES FINANCES, DE L’EMPLOI, DE LA FORMATION ET DES SPORTS, SUR «LES CHÔMEURS DE LONGUE DURÉE».

Mme la Présidente. L’ordre du jour appelle la question orale de M. Borsus à M. Antoine, Ministre du Budget, des Finances, de l’Emploi, de la Formation et des Sports, sur «les chômeurs de longue durée». La parole est à M. Borsus pour poser sa question.

M. Borsus (MR). Madame la Présidente, Monsieur le Ministre, chers collègues, il s’agit ici d’une question écrite qui n’a pas pu obtenir de réponse dans les délais prescrits par notre règlement et que j’ai donc, en application de celui-ci, convertie en question orale. Cette question est relativement simple, même si elle pose, à travers elle, un certain nombre de questionnements qui, eux, sont de nature plus complexe. Ma question était la suivante, Monsieur le Ministre : pouvez-vous nous indiquer quels sont les chiffres des demandeurs d’emploi de longue durée en Région wallonne ? Je ciblais, par exemple, les personnes qui sont au chômage depuis plus de cinq, dix, quinze ou vingt ans. Quelle est l’évolution de ces chiffres au fil des dernières années ?

Mme la Présidente. La parole est à M. le Ministre Antoine.

M. Antoine. M. Borsus a raison, c’est davantage une question qui trouve mieux sa réponse dans sa procédure écrite. Je n’ai pas pu y répondre dans les délais, parce que je suis accablé de questions de M. Jeholet sur chacune des maisons d’emploi, sur chacune des consultances, d’avocats et autres que nous réalisons, ce qui prend un temps considérable. Cette question a été posée à tout le Gouvernement, cela mobilise beaucoup de temps, parfois même au détriment d’autres priorités. Mais c’est sa conception du contrôle parlementaire. En ce qui concerne votre question, d’abord, d’un point de vue méthodologique, j’attire votre attention sur le fait que ces chiffres s’éloignent ce que vous avez parfois mentionné du comptage habituel du FOREM. Ils portent sur l’ensemble des demandeurs d’emploi inoccupés, c’est-à-dire les demandeurs d’emploi inscrits librement ou de manière obligatoire. Alors que nous nous en tenons, et c’est ma ligne de conduite, pour cinq ans, je n’en changerai pas, quels que soient vos  arguments. Je prends les chiffres du FOREM, ce sont les DEDA, les demandeurs d’emploi et les demandeurs d’allocations, ou les jeunes en stage d’attente. Depuis le début, je l’ai indiqué, qu’on aime ou qu’on n’aime pas, bons ou mauvais chiffres, je m’y tiens. Ici, il y a une conception un peu plus large dans la méthodologie retenue. Je me bornerai néanmoins à mettre en évidence le fait que les personnes au chômage depuis plus de cinq ans sont en diminution, depuis juin 2009, d’environ 700 unités et que les personnes inoccupées depuis cinq à quinze ans sont passés de 31.731 unités en 2000 à 26.379 unités en 2010, soit une diminution de 5.352 personnes. Quant à la participation à la formation de cette catégorie, elle a tendance à décroître en fonction de la durée d’inoccupation. Pour les cinq à dix ans, elle est de 18 % en 2010, contre respectivement 15 et 19 % en 2000 et 2009. Donc, on est à peu près dans des chiffres comparables pour 2009, mais mieux qu’en 2010, de 3 à 4 % mieux. Notez ici que la moyenne, tous demandeurs d’emploi confondus, est de 17 %. On est même légèrement au-dessus pour ces travailleurs de longue durée au chômage. Pour les personnes inoccupées depuis dix à quinze ans, la participation à la formation a diminué, puisqu’elle est respectivement de 13 %, 10 %, et 9 %. Pour les personnes inoccupées depuis plus de 20 ans, elle est de 5 % les trois années. La plus faible participation des chômeurs de plus de dix ans doit être corrélée à l’âge et aux priorités du plan d’accompagnement d’avril 2004 qui vise à concentrer les efforts rappelez-vous, c’était un gouvernement dans lequel vous vous trouviez sur l’accompagnement des demandeurs d’emploi les plus jeunes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, à travers l’accompagnement individualisé, la disponibilité des centres de compétences et un maillage plus efficace entre opérateurs publics et privés, ma volonté est d’amplifier l’offre de prestations d’accompagnement et de formation pour tous les publics. En juin, nous étions à 50.000 demandeurs d’emploi de tout âge, suivis individuellement, selon la progression des référents coach ou conseiller unique -, nous devrions être, en juin 2011, à 617 coachs, ce qui nous permettrait de couvrir près de 200.000 demandeurs d’emploi, donc de pouvoir stimuler ces personnes qui, parfois, depuis longtemps au chômage, manquent un peu de conviction, de persuasion ou de suivi par le FOREM et ses services. C’est en cela que je veux rompre avec le passé où, dans le plan d’accompagnement des chômeurs, c’étaient les jeunes qui avaient la priorité, laissant en jachère celles et ceux qui avaient une très longue période de chômage. Je ne l’entends pas. Du reste, le nombre de formations ayant considérablement augmenté à travers le Plan Marshall et le Plan Marshall 2.vert, le fait que les offres d’emploi aussi aient augmenté, puisque nous sommes passés de 249.000 à 324.000 offres d’emploi au FOREM … La reprise économique qu’on a pu constater avec un recul du chômage de 1,6 dans notre région, tout cela doit nous amener à être particulièrement actifs, proactif, à l’égard de l’ensemble des demandeurs d’emploi, y compris celles et ceux qui, malheureusement, y sont depuis un certain temps.

Mme la Présidente. La parole est à M. Borsus.

M. Borsus (MR). Monsieur le Ministre, excusez-moi, mais vous n’avez pas répondu à la … Vous avez commenté les chiffres, mais vous ne les communiquez pas.

M. Antoine. Je vous les transmettrai, c’est purement statistique.

M. Borsus (MR). J’ai deux paragraphes dans ma question, le premier paragraphe était relativement simple : quel est le nombre de demandeurs d’emploi wallons qui sont sans emploi depuis cinq, dix ou quinze ans ? Vous ne répondez pas à cette question-là, vous commentez les évolutions. Je ne vous demandais même pas de commenter les évolutions, je vous demandais uniquement les chiffres. Je l’avais fait par question écrite, vous n’avez pas répondu, raison pour laquelle je reviens en oral.

M. Antoine. Depuis cinq ans, 17.624 ; depuis dix ans, 8.755 ; et 5.708 pour les quinze ans. Voilà, comme cela vous avez tout.

M. Borsus (MR). Si vous permettez, je vais prendre note. Comme vous n’aviez pas donné les chiffres …

M. Antoine. Je comptais vous les donner par écrit, mais si vous les souhaitez …

M. Borsus (MR). Non, vous pouvez me les donner par écrit, il n’y a pas de problème.

M. Antoine. Je vais vous les envoyer, rassurez-vous.

M. Borsus (MR). Excusez-moi, je vais en prendre note.

M. Antoine. Non, je vais vous les envoyer, il n’y a pas de souci.

M. Borsus (MR). Je pose une question écrite, il n’y est pas répondu, j’applique le règlement. Je pose ma question orale, M. le Ministre ne donne pas les chiffres, il les commente. Et quand je les demande, il ne veut pas me donner les chiffres qu’il commente et me dit : « je vais vous les envoyer ». Excusez-moi, j’ai deux paragraphes dans ma question, je demande qu’on réponde à ma question. Puis-je redemander : combien y a-t-il de chômeurs sans emploi depuis 20 ans en Région wallonne ?

Mme la Présidente. Je vous propose, Monsieur le député, qu’on puisse vous transmettre le document par écrit, via photocopie.

M. Borsus (MR). Mais enfin, vous permettez ! Je pose une question…

M. Antoine. Je vais vous donner la réponse.

M. Borsus (MR). Je ne vois pas où est le problème, d’autant que M. le Ministre les a commentés.

M. Antoine. Quand je vous les donne, vous n’écoutez pas ! Je sais l’usage que vous allez en faire : 17.624 depuis cinq à dix ans, 8.755 de dix à  quinze ans, et 5.708 pour la dernière catégorie.

M. Borsus (MR). Pourquoi dites-vous « l’usage que vous allez en faire » ?

(M. le Ministre Antoine s’exprime hors micro)

Mme la Présidente. Votre réplique est terminée, Monsieur le député ?

M. Borsus (MR). Elle n’a pas encore débuté. C’est vraiment de façon assez singulière, c’est la première fois que je vis cela au parlement, donc je pose une question, M. le Ministre commente la question, il me donne le support de sa réponse, mais il ne me donne pas les chiffres que je lui demande. Et quand j’insiste, on dit : « on va vous les envoyer ». Lorsque, enfin, je les obtiens, on me dit : « non, je ne vous les donne pas parce que je sais l’usage que vous allez en faire ». C’est tout de même relativement singulier comme façon de procéder. Même si, effectivement, on peut être relativement interpellé par le fait qu’il y a, en Région wallonne, 17.624 personnes au chômage entre cinq et dix ans, 8.755 entre dix et quinze, et 5.708 qui sont au chômage depuis plus de vingt ans. Quand, par ailleurs, on compare au pourcentage de ces personnes-là qui suit des formations, on mesure l’ensemble du chemin qui doit encore être parcouru dans le cadre d’une démarche proactive d’insertion sur le marché du travail.

Tags: ,

3 Responses to André Antoine et les chiffres du boom de l’emploi wallon.

  1. Twitted by Galeiliante on 26 octobre 2010 at 12:51

    [...] This post was Twitted by Galeiliante [...]

  2. [...] This post was mentioned on Twitter by Piccin Anne, Olivier Milis. Olivier Milis said: André Antoine et les chiffres du boom de l’emploi wallon. | Politic Academy http://goo.gl/MJx0 [...]

  3. Twitted by Paminaaah on 26 octobre 2010 at 22:42

    [...] This post was Twitted by Paminaaah [...]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Calendrier

octobre 2010
L Ma Me J V S D
« sept   jan »
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031